Discret mais tenace, un fleuron industriel de la Côte-d’Or s’apprête à changer de dimension. Installé à Leuglay, dans le Châtillonnais, le Groupe Bordet transforme le bois en charbon végétal depuis 165 ans. À l’heure de la transition écologique, ce savoir-faire ancien trouve une seconde jeunesse : le biochar, un charbon capable de stocker durablement le carbone, s’impose comme l’un des outils concrets de la lutte contre le réchauffement. Et l’entreprise bourguignonne compte bien en devenir un acteur majeur.
Un savoir-faire côte-d’orien qui passe à l’échelle
Avec une cinquantaine de salariés et un chiffre d’affaires de 6,4 millions d’euros en 2024, le Groupe Bordet reste une PME familiale. Mais sa trajectoire est celle d’une entreprise en pleine accélération. Sur son site historique de Leuglay, elle produit aujourd’hui environ 4 000 tonnes de charbon végétal par an, à partir de bois issu d’un rayon inférieur à 100 kilomètres. Une logique de circuit court qui colle à l’ambition environnementale affichée.
Pour franchir un cap, l’entreprise investit 30 millions d’euros dans une nouvelle usine à Decize, dans la Nièvre voisine. Objectif : porter la capacité à 15 000 tonnes de bio-charbon par an et développer une production de bio-huile de 5 000 à 7 000 tonnes. La mise en route est attendue pour le début de l’année 2027, sur un terrain d’une quinzaine d’hectares, avec 30 à 40 emplois à la clé.
Le biochar, un allié du climat encore méconnu
Pourquoi ce projet dépasse-t-il le simple enjeu industriel ? Parce que le biochar n’est pas un combustible comme les autres. Produit par pyrolyse (chauffage du bois sans oxygène), il piège le carbone que la plante a capté durant sa croissance et l’immobilise pour de longues années au lieu de le relâcher dans l’atmosphère. Épandu dans les sols, il améliore leur fertilité, retient l’eau et limite le recours aux engrais.
Le charbon actif végétal, autre spécialité maison, sert quant à lui à filtrer l’eau et l’air. Autant d’usages qui inscrivent l’activité dans une véritable économie circulaire, où un déchet de la filière bois devient une ressource utile à l’agriculture et à l’environnement. De quoi intéresser directement les collectivités et les exploitants agricoles de Bourgogne en quête de solutions bas carbone.
Un pari soutenu par l’État
Le développement du site nivernais n’est pas passé inaperçu. Le projet figure parmi les lauréats de la 7e vague du dispositif « Première Usine » du plan France 2030, qui a distingué neuf projets pour 49 millions d’euros d’aides au total. À lui seul, le Groupe Bordet pourra bénéficier de jusqu’à 14,1 millions d’euros de soutien de Bpifrance à l’horizon 2027.
Son président, Cyril Flores, met en avant un enjeu qui dépasse l’écologie. « La bio-huile relève d’un enjeu de souveraineté. Nous visons les marchés des biocarburants pour le maritime ou l’aéronautique », explique-t-il. Une ambition qui place cette entreprise côte-d’orienne au croisement de la décarbonation, de l’industrie et de l’innovation.
Ce que cela change pour le territoire
- De l’emploi durable : 30 à 40 postes créés dans un bassin rural, autour d’une filière d’avenir.
- Une vitrine régionale : la Bourgogne se positionne sur le marché prometteur du stockage carbone.
- Un cercle vertueux : la valorisation du bois local nourrit à la fois l’économie et l’environnement.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le biochar exactement ?
C’est un charbon obtenu par pyrolyse de matière végétale. Très stable, il retient le carbone dans les sols pendant des décennies et améliore leur qualité, ce qui en fait un outil reconnu de lutte contre le changement climatique.
Où sera implantée la nouvelle usine du Groupe Bordet ?
À Decize, dans la Nièvre, à proximité du site historique de Leuglay en Côte-d’Or. L’entreprise conserve ainsi son ancrage bourguignon tout en multipliant ses capacités de production.
Le charbon végétal est-il vraiment écologique ?
Produit à partir de bois local et valorisé pour capter le carbone, filtrer l’eau ou enrichir les sols, il s’inscrit dans une démarche d’économie circulaire, à condition que la ressource forestière soit gérée durablement.

